Le monde du libre 3

Le monde du libre 3
11 mars 2020 Commentaires fermés sur Le monde du libre 3 Monde du libre Numericatous

Bonjour, pourriez-vous commencer par vous présenter un peu svp ? D’où êtes-vous, votre parcours ?

Bonjour, je vis en région parisienne depuis 52 ans.
Après quelques années de projets en automatismes industriels j’ai découvert Internet en 1993. Modem 54K, UUCP puis altern.org
C’est grâce aux man pages, aux newsgroups et autres rencontres d’entre-aide avec nos pc sous le bras que j’ai compilé mon premier noyau Linux 1.0.10 !
Dans cette aventure j’ai participé entre autre au lancement de l’association Projet Internet et Citoyenneté : https://www.le-pic.org.
Je suis devenu sysadmin et intégrateur web en mode autodidacte.

Que proposez-vous comme prestations dans votre société ?

Concernant les logiciels libres il va falloir parler de mes prestations au passé.
A l’époque, 1997-2000, grâce à ma connaissance autodidacte de Linux, j’ai décroché des postes inespérés en tant que sysadmin UNIX.
IBM Business Recovery System : mettre en place les systèmes (AIX) de redondance et maintenir la capacité de reprendre la production en moins de 2h en cas de sinistre des centres bancaires.
Agence France Presse : développer et maintenir le système (HPUX, Mandrake, RedHat) de production / rédaction / livraison des dépêches.
2010-2019 AtelierWeb.Org (collectif d’artisans) : développement et intégration web, SEO, web design, vidéo, etc.
2015-2019 SWIP.PW (autoentrepreneur) – Services Web et Informatique Personnelle pour les entreprises à dimensions humaines : intégration web, webmaster, installation d’environnement multi-postes multi-appareils pour production bureautique / backup, support technique, transfert de compétence.
Aujourd’hui j’interviens dans le domaine du développement personnel et de l’accompagnement du changement en tant que coach professionnel, facilitateur en intelligence collective par médiation corporelle, je propose aussi du massage bien-être.
Je continue néanmoins à aider certains projets web et/ou quelques anciens clients de SWIP.PW.

Pourquoi avoir choisi le domaine du logiciel libre ? N’est-ce pas plus compliqué (business model, éthique, etc) ? Quels sont les avantages ?

Je n’ai pas choisi les logiciels libres, c’est plutôt l’inverse.
Je crois qu’à l’échelle de l’indépendant et TPE-PME, que l’on choisisse le logiciel libre ou le logiciel privatif, la question du business reste compliquée.
Car le business implique plusieurs champs et ressources qui dépassent de loin les compétences en logiciel, qu’il soit libre ou privatif.
Par exemple les champs du commercial, de la législation des contrats, du marketing, de la compétitivité, de la relation client, etc.
En ce qui me concerne les avantages qui m’ont conduits dès 1994 à utiliser principalement des logiciels libres sont :
• la gratuité, souvent
• l’accès à la documentation, toujours
• l’entre-aide développeur-utilisateur, le cœur de la communauté
• la possibilité sans contrainte de modifier et de redistribuer le logiciel, en toute liberté
• ce qui s’achète ce sont les services autour du logiciel (conseil, support, personnalisation, formation, etc), tous le monde peut accéder au logiciel et aux services sans aliénation ni redevance
C’est plus tard que j’ai fait le choix des logiciels libres. Effectivement en regard de l’éthique, de la culture du don au lieu de la culture de la dépendance, des aspects que j’ai compris notamment à la lecture de documents comme :
• “La cathédrale et le bazar” (1998 – Eric S. Raymond – http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar.html)
• “À la conquête de la noosphère” (1998 – Eric S. Raymond – http://www.linux-france.org/article/these/noosphere/homesteading-fr.html)
• “Le chaudron magique” (1999 – Eric S. Raymond – http://www.linux-france.org/article/these/magic-cauldron/magic-cauldron-fr.html)
• “Qu’est-ce que le logiciel libre ?” (fsf.org – https://www.gnu.org/philosophy/free-sw.html)
• “Logiciel privateur” (april.org – https://www.april.org/articles/intro/privateur.html)
• “Licence Publique Générale GNU” (traduction française : http://dachary.org/loic/gpl-french.pdf)

Quels sont les outils et technologies que vous utilisez le plus au quotidien, que se soit en interne ou avec vos clients ?

• Systèmes d’exploitation : Debian, Ubuntu, Elementary
• Internet : Thunderbird, Claws, Firefox, Chomium, Filezilla, TeamViewer – oops! il y a des alternatives : ThinVNC, UltraVNC, etc
• Bureautique : LibreOffice
• Graphisme : Gimp, Inkscape
• Multimedia : Audacity, HandBreak, VLC
• Sauvegarde : CloneZilla, fsarchiver, rsync
• Vie et données privées : Enigmail, NextCloud, Tor Browser
• Intégration web : bash, vim, ssh, Apache, PHP, MySQL, LAMP, VirtualBox
• CMS et autres webapps : WordPress, PluXml, NextCloud, Dokuwiki, PrestaShop, ProcessWire
• Hébergeurs : Alwaysdata.com, Phpnet.org, o2switch.fr
• Webapps collaboratives : Dokuwiki, CryptPad, Redmine, Slack, Framatalk, Framapad, NextCloud, Collabora Online

Comment voyez-vous l’écosystème des entreprises du libre aujourd’hui en France, que l’on dit par ailleurs leader de l’open source en Europe. Le CNLL, les divers clusters, y a-t-il une vraie dynamique, le marché est-il en croissance, avec des emplois et des développements ?

Je n’ai pas de vision/représentation à l’échelle de la France ou de l’Europe. J’interagissais plutôt avec des indépendants, en français, dans un esprit d’artisan et de services de bienveillance, de proximité et de pérennité + faire le travail qu’on aime faire comme on aime le faire + seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Il y a toujours eu du travail et il y en a encore et plus qu’on ne le croit dans cet esprit de coopération et de services.

Que pensez-vous des formations au numérique aujourd’hui ? Pensez-vous quelles sont adaptées à notre époque, nos usages ? Le libre est-il assez présent ? Il y a notamment de très nombreuses écoles de code pour former des développeurs en quelques mois, ou encore Google qui ouvre des centres de formation.

N’ayant jamais fait appel à une formation, une école… En tant qu’autodidacte en logiciels libres, j’ai toujours trouvé les infos dont j’avais besoin soit dans l’aide du logiciel, soit les mailing-lists, les forums, et puis surtout sur les sites et blogs des pairs qui partagent leurs expériences sur tels ou tels outils/technos, sans parler des tutoriels.
Je pense que c’est top qu’il y ait aujourd’hui des formations et des écoles du numérique – j’espère seulement qu’elles savent aussi transmettre l’esprit, l’éthique, la politique de la culture du don qui à mon sens s’intègre surtout par l’expérience d’apprendre à faire ensemble quelque chose d’utile pour plus grand que nos propres intérêts individuels et/ou marchands.

Pour ce qui est des recrutements, Est-ce qu’être dans le libre est un frein ? Avez-vous suffisamment de candidats quand vous cherchez quelqu’un ? Les compétences suivent-elles au niveau des outils libres ? Y a-t-il beaucoup d’autodidactes ?

Question curieusement tournée je trouve. Car je crois que seule chose qui peut être un frein au recrutement relève de la communication – il faut réussir à se faire comprendre de part et d’autre, et vérifier que le profil et l’ambition sont en adéquation avec le job. Cela vient certainement du fait que je n’ai pas d’expérience en matière de recrutement. Et qu’en ce qui me concerne c’est plus la cooptation et le vécu qui ont validé le “recrutement” – le fait d’être d’accord de part et d’autre pour continuer à travailler ensemble.
Je dois bien dire que la ressource la plus difficile à stabiliser dans mon parcours de coopération c’était le développeur. Souvent très bons techniquement dans son domaine, les difficultés se situaient plutôt au niveau de la relation client et de la fiabilité – lorsqu’on est “bon” on reçoit beaucoup de propositions…

Quelles pourraient-être, selon vous, les choses à améliorer, mettre en place, pour aider à développer la filière du logiciel libre en France ? Il y a notamment l’APELL qui va se lancer, en Europe, dont la France fait partie.

Dans mes débuts la question phare du client était “à qui je pourrais faire appel en cas de problème ?”. En 20 ans l’offre et la diversité des supports techniques semblent avoir répondu. Je crois qu’un des axes majeurs aujourd’hui est l’interopérabilité au niveau des applications et des formats de document. La principale inquiétude exprimée par mes clients qui passaient aux logiciels libres ces dernières années étant “est-ce que je pourrais continuer à faire comme avant (compta, web, mail, messagerie instantanée, multimédia, etc) et à lire et à être lu par mes clients (bureautique) ?”.

Le mot de la fin, pour donner envie de migrer vers le libre ?

La culture et l’éthique du logiciel libre sont à l’informatique ce que le fil d’Ariane est au labyrinthe du travailler ensemble. Et ça marche.

Merci beaucoup pour votre participation 😉

Merci à vous de m’offrir cette occasion de contribuer aux logiciels libres et longue vie à votre proposition de formations pour un numérique libre !

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